Livres avant 2010

Seule la mer Amos Oz

Albert Danon est seul. Sa femme Nadia vient de mourir d'un cancer, et son fils Rico est parti pour le Tibet. Bettine, une vieille amie, veuve elle aussi, s'inquiète pour Albert. Surtout lorsque Dita, la petite amie de Rico, emménage chez lui.

Un certain Doubi Dombrov veut produire le scénario de Dita, mais il veut surtout Dita. Qui couche avec Guigui, en pensant à Albert, ou à Rico. Qui pense à sa mère, et ne veut pas rentrer du Tibet.

Un chassé-croisé de voix et d'histoires que le narrateur, affranchi de toute contrainte formelle, tisse, tout en nous parlant de lui, en un poème bouleversant qui se lit comme un roman - ou est-ce un roman qui se lit comme un poème ? - pour serrer au plus près la quintessence de nos vies, le désir, la nostalgie d'un bonheur perdu, la mort qui nous cueille.

Le dernier crâne de M.de Sade

"Un vieux fou est plus fou qu'un jeune fou, cela est admis, quoi dire alors du fou qui nous intéresse, lorsque l'enfermement comprime sa fureur jusqu'à la faire éclater en scènes sales ?"
Quel est l'homme de 74 ans enfermé dans l'hospice de Charenton, au printemps 1814, qui a commis tant de crimes et semble ne se repentir en rien ? 

Fuyard, brûlé en effigie, rescapé, embastillé, sodomite, blasphémateur, soupçonné d'inceste, et pourtant encore là, bouillant d'idées et d'ulcères, désireux de poursuivre l'œuvre de chair. Quel usage Mademoiselle Madeleine Leclerc fait-elle de ses 16 ans, de son corps efflanqué, vicieux ? D'où viennent ces hurlements ou ces soupirs ? A quoi l'isolement contraint-il ces libertins en chambre ? N'aurait-il pas au moins peur de la mort, où " chacune de ses paroles, chacun de ses actes résonnent plus fort ? " Le forcené a en effet trois mois à vivre.
Cet homme se nomme Monsieur de Sade. La figure dont Jacques Chessex tire la matière de son récit, ce n'est pas le Sade en gloire, mais le malade fulgurant, et plus encore ce que le romancier complice à travers les âges raconte ici, ce sont ici les destins successifs de son crâne, comme une extension naturelle du corps sadien. Sade meurt en décembre 1814, sa tombe au cimetière de Charenton sera ouverte en 1818, et son crâne " ornement lui-même, de magie intense, de hantise sonore " passe dans les mains du docteur Ramon, le jeune médecin qui le veilla jusqu'à la mort. Relique, vanité, rire jeté à la face de toutes choses, effroi érotique, le crâne de M. de Sade roule d'un siècle à l'autre, incendiant, révélant et occupant le narrateur de ce livre.

Roland furieux Arioste

 

C'est à Ferrare, important foyer culturel de la Renaissance, que l'Arioste (1474-1533) compose son poème, le Roland furieux, œuvre de toute une vie, qu'il ne cessera de reprendre jusqu'à sa mort. 

Au pouvoir, la famille des Este accueille et soutient les artistes, qui vantent la culture courtoise et chevaleresque. Le Roland furieux, poème chevaleresque en octaves (strophes de huit vers), composé de quarante-six chants, et dont l'édition définitive date de 1532, est dédié au cardinal Hyppolite d'Este.

 

 

Ritournelle de la faim J.M.G.Le Clézio

« J'ai écrit cette histoire en mémoire d'une jeune fille qui fut malgré elle une héroïne à vingt ans » : c'est par ces mots discrets, qui précèdent tout juste le point final, que s'achève Ritournelle de la faim

En ces pages ultimes, la jeune héroïne du roman de J.M.G. Le Clézio, Ethel, vient de quitter soudain la sphère de l'imaginaire pour, en quelque sorte, prendre pied dans le réel et s'incarner – si elle n'est véritablement la mère de l'écrivain, du moins cette dernière at-elle directement inspiré ce sombre et beau roman d'apprentissage, drapé d'ombre comme si pesait sur lui une gravité indéchirable, un irréductible chagrin.

Paris, début des années 1930. Ethel est une enfant, elle vit du côté de Montparnasse, auprès de ses père et mère, tous deux d'origine mauricienne. Mais le couple va à vau-l'eau – comme court au désastre tout le petit monde bourgeois médiocre qui gravite autour de la fillette. Un monde qui vit en vase clos, rumine ses rancoeurs et ses exécrations – contre les Juifs, les étrangers, les « métèques »... Lorsque, à l'adolescence, Ethel se découvrira spoliée, ruinée financièrement et moralement salie, devra-t-elle leur en vouloir, à ces « fantômes humains qui s'étaient jetés dans la gueule du loup, [...] qui avaient gobé tous les mensonges de l'époque » ? Mais alors la guerre est là et, exilée à Nice, portant à bout de bras ses parents défaits, Ethel n'a pas l'énergie d'entretenir une telle haine, concentrée qu'elle est sur sa survie, ses rêves d'un avenir délesté du passé... Ce passé nauséeux, l'écrivain le fait ici revivre avec une intensité peu commune, confiant à la vigoureuse figure d'Ethel le soin d'éclairer le tableau, d'en disloquer un peu la noirceur, à défaut de la dissiper.

 

 

Paysages dérobés Sergio Ferrero

À Loussac, ville de province française, se trouve un musée qui recèle plusieurs dizaines de petits tableaux de paysages peints à la fin du XIXe siècle. Bizarrement, ces paysages urbains, remarquablement précis, précèdent de trente ou quarante ans la peinture métaphysique de De Chirico. Parmi les toiles, l'une se révèle inachevée. Inattendue aussi.

Elle représente une femme inconnue peinte avec les mêmes vêtements et dans la même attitude que la Joconde de Leonard de Vinci.
Un professeur d'italien à la retraite projette d'écrire un essai décisif sur Léon Grand, le peintre. Il liquide ses biens en Italie, s'installe à Paris puis, accompagné de John, un jeune Américain rencontré par hasard, se rend à Loussac. Là-bas, il découvre l'atmosphère mystérieuse d'une bourgade écrasée par la chaleur étouffante de l'été. Dans les appartements attenants au musée, une curieuse princesse s'habille comme la Joconde. Sa beauté fanée fascine John. Le jeune homme, en qui le professeur voyait un disciple, lui échappe et disparaît.
Nimbé de mystère, vertigineusement construit entre ombre et lumière, le quatrième roman de Sergio Ferrero traduit en français, met en scène une double quête existentielle. Celle d'un jeune homme avide de vivre, celle d'un vieil homme sous les pieds duquel le sol se dérobe. Le professeur n'écrira jamais son essai. La libération viendra d'ailleurs.
Né à Turin en 1926, Sergio Ferrero, homme de culture se partageant entre Milan et Paris, est l'auteur d'une dizaine de romans, dont Les Yeux du père (Rivages, 2002) couronné par le Prix Bagutta en 1996.