Livres 2013

Les barbares d'occident.François Augiéras

Toute l’œuvre de François Augiéras est autobiographique. Les Barbares d'Occident n'y font pas exception. Le titre devait, à l'origine, couvrir l'ensemble de ses rapports avec des figures de son époque (Gide, Cendrars, Jouhandeau, Bissière, Yourcenar, Malraux), mais l'auteur a abandonné son projet initial, préférant inclure dans Une adolescence au temps du Maréchal les épisodes de ses rencontres avec Gide et avec le peintre Bissière. L'histoire ici contée est celle du début de son étrange amitié avec Paul Placet, son futur biographe. On y retrouve l'Augiéras manipulateur, diabolique, jouant sa vie pour l'affirmation de sa vision du monde.

Arrête,arrête.Serge Bramly

 

Un homme en cavale se réfugie dans une boîte échangiste et tombe amoureux d'une participante. 
Un roman court, tout en tension et en émotion.

 
À quelques mois de la fin de sa peine, un condamné coupe son bracelet électronique et se retrouve en cavale. Il rend une visite furtive à sa fille, lui dit au revoir, lui emprunte sa voiture et roule vers Paris. Est-il devenu fou ? Veut-il se suicider ? Prépare-t-il un coup ? Il remonte à pied les Champs-Élysées, se met à l'abri sous un porche pendant une averse, croise le regard d'une femme troublante. Puis il se réfugie dans une boîte échangiste ou, jadis, il avait des intérêts. Dans la pénombre rassurante, il va se mettre en quête d'une arme et croiser le regard d'une femme. Celle des Champs-Élysées ? Il en est certain, mais elle lui jure qu'il y a méprise. Cela ne va pas les empêcher de s'aimer.

 

Esprit d'hiver. Laura Kasischke

Huis clos glaçant dans un foyer du Midwest. Une mère et sa fille hantées par une présence mystérieuse...

Laura Kasischke a écrit Esprit d'hiver avant que Vladimir Poutine ne décide de faire interdire l'adoption d'enfants russes aux Etats-Unis. Et pourtant, ce chant d'amour asphyxié d'une Américaine du Midwest pour sa fille adoptive de 13 ans, née en Sibérie, sonne comme un plaidoyer pour l'abolition de cette loi punitive. Laura Kasischke n'a jamais mis les pieds en ex-URSS. Et pourtant, on jurerait qu'elle a vu de ses propres yeux les grossières chaussures à lacets des employées de l'orphelinat Pokrovka n.2, et avalé de ses propres poumons la fumée des usines sibériennes « où l'on fabriquait quelque chose que personne ne sut décrire ». Il y a beaucoup de pourtant, mais peu de hasards, chez Laura Kasischke, écrivain du trouble prémonitoire et de la solitude clairvoyante. Deux ans après Les Revenants, saga lynchienne en milieu universitaire, où des étudiants férus de thanatologie pratiquaient de curieux bizutages sur leurs semblables, elle revient en avant-première (Esprit d'hiver ne devrait paraître aux Etats-Unis qu'à la fin de l'année) avec un roman intimiste et glaçant, cousu serré-serré de main de chirurgienne, dans la lumière blafarde de son éternel Michigan. Comme toutes les héroïnes de Laura Kasischke, Holly est une femme faussement popote, en communication avec les fantômes errant dans son espace cuisine ultra design. L'empêchement de ses convives, bloqués par la neige le soir de Noël, la laisse en huis clos avec sa fille, Tatiana, et une terrible invitée surprise : « quelque chose qui les avait suivies depuis la Russie ». Cette présence impalpable et suffocante ­s'infiltre dans les corps, les vêtements, les aliments, la nature, transformant le livre en poème macabre, magistralement traduit par Aurélie Tronchet — la première, peut-être, à réussir à mettre à nu les rouages de cette écriture si particulière, mélange de crudité morbide et de tranquillité somnolente. Si les métaphores organiques de Laura Kasischke, faites de plumes, de sangs, d'ovaires, de cheveux, de cristallins émeuvent autant, c'est qu'elles disent toutes la difficulté d'écrire. Holly ne cesse de vouloir coucher sur le papier les sensations qui la contorsionnent de douleur, et toujours les mots se dérobent. Sans doute la romancière signe-t-elle là son livre le plus personnel, confidence sur la douleur de l'enfantement littéraire, source d'épouvante et de plénitude.

 

Terre somnambule.Mia Couto

« On disait de cette terre qu'elle était somnambule. Parce que pendant que les hommes dormaient, la terre s'en allait loin par-delà les temps et les espaces. Les habitants, lorsqu'ils se réveillaient, regardaient le nouveau visage du paysage et ils savaient que la fantaisie du rêve était, cette nuit-là revenue les visiter". A partir de cette légende, Mia Couto construit une chronique avec, pour guides et compagnons, deux rescapés de la guerre qui ravage le pays : Tuahir, un vieil homme et Muidinga, un enfant sauvé de la fosse où il allait être enseveli. Tous deux trouvent refuge dans un autobus calciné où ils découvrent une valise contenant des cahiers dont ils entreprennent la lecture. L'histoire de Kindzu livrée dans ces cahiers va alors croiser la destinée des deux lecteurs, mêlant volontiers le pays réel et le pays rêvé dans le tourbillon onirique d'une "terre somnambule". »

Le livre du roi. Arnaldur Indridason

En 1955, un jeune étudiant islandais arrive à Copenhague pour faire ses études. Là il va se lier d’amitié avec un étrange professeur, bourru, érudit et buvant sec, spécialiste des Sagas islandaises, ce patrimoine culturel inestimable qu’ont protégé les Islandais au long des siècles comme symbole de leur nation. Il découvre le secret du professeur, l’Edda poétique, le précieux Livre du roi, dont les récits sont à l’origine des mythes fondateurs germaniques, lui a été volée pendant la guerre par des nazis avides de légitimité symbolique. Ensemble, le professeur et son disciple réticent, qui ne rêve que de tranquillité, vont traverser l’Europe à la recherche du manuscrit. Un trésor pour lequel certains sont prêts à voler et à tuer. Un trésor aussi sur lequel on peut veiller et qu’on peut aimer sans en connaître la valeur. Une histoire inhabituelle et une aventure passionnante sur ce qu’on peut sacrifier et ce qu’on doit sacrifier pour un objet aussi emblématique qu’un livre. Arnaldur Indridason met son talent et son savoir-faire de conteur au service de son amour des livres. Et de ce livre mythique en particulier.