Lectures anciennes

Le mas théo time.Henri bosco

Quelquefois, tapi sous la haie d'aubépine, je l'épiais, surtout le matin, à l'heure où les enfants sont le plus légers. J'étais ému de la voir courir çà et là, sans but apparent. Jamais elle ne regardait de mon côté. Quelquefois, essoufflée par l'ardeur de sa course, elle s'arrêtait, haletante, à deux pas de ma cachette. Et alors je la voyais bien, car je pouvais la regarder à loisir. Elle avait de grandes jambes nues, griffées par les ronces, deux yeux verts très foncés, et quelques taches de rousseur sur les bras, au cou. Je la trouvais laide et effrontée.

Quatre fascinants. René Char

A signaler, parmi les réussites bibliophiliques touchant à l'oeuvre illustrée du poète, le fac-similé superbe de Quatre fascinants, manuscrit autographe de René Char, enluminé par Victor Brauner (1950), publié par la Fondation de l'Hermitage (16 pages +

Soie Baricco.Alessandro Baricco

L'encéphalogramme est plat sur le site depuis quelques semaines. Nous nous trouvons accaparés ailleurs, le temps à consacrer à notre site se réduit comme peau de chagrin. Nous espérons revenir bientôt à des chroniques plus fréquentes. En attendant, je vois un billet de Renaud se préparer en coulisse sur un récit de voyage par un aventurier refaisant une des nombreuses routes de la soie . Plusieurs fois, sans nous concerter dans nos lectures, nous nous retrouvons tous les trois à lire ou à aborder des thèmes très proches dans nos chroniques. L'occasion se renouvelle avec Soie.

La route de la soie, c'est la voie empruntée par les caravanes pour transporter principalement la soie depuis la Chine ancienne jusqu'en Occident et qui a favorisé les échanges entre civilisations, ainsi l'Empire romain par exemple était par cette fameuse route de la soie en relations commerciales avec la Chine. Ce court roman de Alessandro Baricco qui se lit d'une traite, tisse en une centaine de pages une fascinante histoire d'amour et de guerre entre le héros - Hervé Joncour - et une jeune fille mystérieuse. Vers 1860, pour sauver les élevages de vers à soie contaminés par une épidémie, Hervé Joncour entreprend quatre expéditions au Japon pour acheter des œufs sains.

Cette route de la soie est un passage entre deux mondes et de lieux pleins d'oppositions : les monts du Vivarais en Ardèche et le Japon d'antan. Baricco utilise la répétition de phrases et de paragraphes de façon intéressante dans ce livre. Les voyages de 8000 km de Hervé Joncour au Japon sont traitées en seulement quelques lignes et répétées à quatre reprises dans le roman à la manière d'un refrain d'une chanson dans lequel on décèlerait quelques subtils changements. Il y a dans la beauté de cette histoire quelque chose d'évidemment romantique et de fabuleux propice à la rêverie. Cette sensibilité de l'auteur par ses aspects variés et par les émotions tendres et mélancoliques qui jaillissent au cœur de l'action peut malgré tout inspirer un léger sentiment de lassitude.

Le livre II ( al-Kitâb).Adonis

"Adonis, narrant, traduisant aussi, transforme la douleur en une épopée. La douleur devient un chant qui restitue les morts dans la parole des vivants. Les disparus habitent désormais le chant poétique. Le blanc de la mémoire devient silence nécessaire au surgissement du poème. Les morts sont nommés, désormais inscrits dans cette traversée de la vie." Houria Abdelouahed

La dame n°13.José Carlos Somoza

"La n° 7 Empoisonne, récitait le vieux, tandis que l'enfant lisait, sans un seul murmure, sans une seule erreur. La n° 8 Conjure... La n° 9 Invoque... La n° 10 Exécute... La n° 11 Devine... La n°12 Connaît. - II s'arrêta et sourit. Ce sont les dames. Elles sont treize, elles sont toujours treize, mais on n'en cite que douze, tu vois... ? Tu ne dois en mentionner que douze... Ne te risque jamais, même en rêve, à parler de la dernière... Pauvre de toi, si tu mentionnais la n° 13... ! Tu crois que je mens ?"
(extrait)

Une clandestine hongroise, un vieux médecin pragmatique et un professeur de lettres désaxé forment la profane trinité chargée de juguler les pouvoirs de treize sorcières du verbe. Dans ce suspense fantastique, la poésie, censée réfléchir toutes les beautés du monde, devient la plus raffinée des armes de destruction.