jeudi, 23 mai 2019

Musique

Roi Arthur Berlin

Peu produit dans nos contrées, King Arthur représente une vraie difficulté pour nos scènes actuelles : assemblage musique/théâtre, texte et histoire qui invitent les metteurs en scène à des « modernisations » (pour le pire ou le meilleur), et final construit autour de ce qui passe, avec notre grille de lecture contemporaine, comme un nationalisme nauséabond. La Staatsoper de Berlin a cherché deux artisans pour résoudre l'équation : René Jacobs (on y reviendra) et Sven-Eric Bechtolf épaulé de Julian Crouch.

Venu de la télévision et du théâtre, prolixe à l'opéra depuis, le metteur en scène excelle tant à diriger la troupe allemande (au jeu trop histrionique à notre goût) que les chanteurs. La réalisation des décors, des lumières et des effets est un ravissement de chaque instant qui arrache des exclamations béates notamment chez les plus jeunes spectateurs. Le duo de metteurs en scène à recours à un procédé contestable, mais efficace en l'occurrence : ils changent la situation d'énonciation. Fi du XVIIe siècle ou d'un roi Arthur fantasmé, nous voici en pleine Seconde guerre mondiale et l'enfant Arthur vient d'apprendre la mort de son père aviateur. Dans la tristesse et le déni, il inquiète toute la famille. Son grand-père (Merlin dans la pièce) vient à l'aide de sa mère (Emmeline) désemparée. Il lui raconte l'histoire d'Arthur (auquel l'enfant identifiera son père) parti sauver Emmeline des griffes d’Osmon. On peut regretter cette injure faite au livret mais Il faut reconnaître que tout cela marche à la perfection et permet des transitions saisissantes entre le monde réel et la fantasmagorie arthurienne, comme ce parachute d'aviateur, qui d'un projecteur se métamorphose une toile de fond forestière d'une beauté à couper le souffle. Ce rendu cinématographique est présent également dans les costumes. À voir le bestiaire assemblé par l'équipe technique (Grimbald est vraiment répugnant à souhait) on pense au film Le labyrinthe de Pan, d'autant que l'invention initiale sert le même but : un enfant en proie à la dureté du monde, s'évade et supporte l'intolérable grâce à l'imagination. Mais, un mensonge restant un mensonge, au final la veuve épousera son nouveau prétendant pendant qu'Arthur s'imaginera aviateur... Saint-Exupéry n'est pas très loin. Au moins, au cours de ce dîner de famille recomposée qu'est l'acte V, les textes chauvins qui aujourd'hui nous titillent, sont mis à distance. L'un d'entre eux devient une publicité radiophonique. Autre victime de ce tour de force des metteurs en scène : l'humour, fort peu présent hormis au travers des personnages méchants, le dégoûtant Grimblad et Osmond dans sa scène de priapisme.

Tout cet ensemble tient grâce à l'autre support de la soirée : René Jacobs. À la tête d'une Akademie fur Alte Musik Berlin subtile, soyeuse et piquante quand il faut, le chef irrigue tant et si bien l'action que l'on oublie la longueur de l'ouvrage.  Le chef a lui-même présidé aux arrangements de cette version (on entonne « happy birthday » en l’honneur d’Arthur au tout début), seul compte le théâtre et le chef ne s'autorise aucun hédonisme. L'air du Génie du Froid est pris sur un rythme plutôt rapide, où la basse avance mordante et le dispute à l'évocation du chanteur sur scène. À quelques exceptions près (Johannes Weisser bien plus à l'aise en Eole qu'en Génie), la distribution satisfait pleinement à toutes les exigences tant vocales que scéniques. Se détachent bien entendu les interprètes les plus sollicités : Anett Fritsch dont le Cupidon (entre autres rôles) est fruité et Robin Johannsen, dont le timbre plus doux et rond épouse les traits des prêtresses, bergères, sirènes et nymphes qu’elle incarne. Le trio masculin principal de la distribution trouve en Benno Schachtner un contre-ténor à la voix cristalline, quand Mark Milhofer et Stephan Rügamer distinguent leurs tessitures identiques par la caractérisation. Enfin le Staatsopernchor est tant présent et de qualité que c’est avec naturel qu’on pourrait croire que ces solistes font partie de ses membres. Il contribue pleinement à la féerie vocale et scénique de ce King Arthur.
 
 

Le ballet Royal de la Nuit Grand divertissement pour le jeune Roi Soleil

D'après " Le Ballet royal de la nuict " (1653) d'Isaac de Benserade (1613?-1691), Jean de Cambefort (1605-1661), Louis Constantin (1679-1779) et autres compositeurs 
Orfeo (1647) de Luigi Rossi (1597-1653), Ercole Amante (1661) de Francesco Cavalli (1602-1676) et des airs de ballet d'Antoine Boësset (1587-1643), Michel Lambert (1610-1696)

 

  • Ensemble Correspondances
  • Sébastien Daucé (Direction) 
  • Judith Fa (Soprano) : Pasitea, Mnémosyne
  • Deborah Cachet (Soprano) : La Lune, Déjanire, Une grâce française
  • David Tricou (Ténor) : Apollon, L'Aurore
  • Davy Cornillot (Ténor) : Endymion
  • Etienne Bazola (Baryton) : Le Sommeil
  • Renaud Bres (Baryton) : Hercule
  • Nicolas Brooymans (Basse) : Grand Sacrificateur
  • Lucile Richardot (Mezzo-soprano) : La Nuit, Vénus italienne
  • Violaine Le Chenadec (Soprano) : Une Heure, Cintia, Une grâce française
  • Caroline Weynants (Soprano) : Eurydice, Une grâce française
  • Ilektra Platiopoulou (Mezzo-soprano) : Junon
  • Caroline Dangin-Bardot (Soprano) : Vénus, Le Silence
 

Alcione de Marin Marais à l'Opéra-Comique

Alcione est le grand œuvre de Marin Marais. Le génial gambiste, compositeur de tant de morceaux de musique de chambre, eut une carrière lyrique restreinte : la position prédominante de Lully rendit longtemps tout autre compositeur réduit au silence dans le domaine lyrique…. Ce n'est qu'à la quarantaine que Marais put enfin faire jouer une œuvre à la scène. Il devint bientôt le chef d'orchestre permanent de l'Académie Royale de Musique, mais n'y donna en tout que 4 opéras.

 

Sans conteste Alcione (1706) est le plus abouti, et fut aussi son plus grand succès, repris tout au long du siècle, mais aussi joué en extraits au Bal de la Cour, notamment sa fameuse "Tempête". C'est d'ailleurs ce morceau de bravoure orchestrale qui devait laisser l'œuvre en mémoire durant trois siècles… Jusqu'à l'aboutissement, mûri de trente années, de voir Jordi Savall monter une version scénique de cette œuvre qui compte plus que toute autre pour lui.

Car c'est bien le violiste Savall qui est au cœur de ce projet : il connaît et pratique intimement la musique de Marais depuis un demi-siècle, et "Tous les matins du Monde" ont fait de lui le plus célèbre défenseur de ce répertoire. Après avoir savamment travaillé sur les musiques d'orchestre des opéras français, de Louis XIII à Rameau, après avoir joué et enregistré les Suites de Danse d'Alcione, voici enfin le passage à la scène avec l'œuvre intégrale. Ayant choisi une magnifique distribution vocale, confié la mise en scène à la subtile Louise Moaty, voici Jordi face à son "père" Marin Marais : une rencontre au sommet !

Lea Desandre, qui interprète Alcione, a reçu la Victoire de la musique classique de la Révélation artiste lyrique 2017. 

 

L'italienne à Alger

Les ensembles français ont la cote à Salzbourg : après Les Arts florissants pour Le Couronnement de Poppée, c'est ce soir Matheus qui officie dans la fosse. L'orchestre montre davantage de cohésion qu'on lui en a parfois connu, dirigé d'une main ferme par Jean-Christophe Spinosi, avec ce qu'il faut d'animation et de précision dans l'étourdissante mécanique des finales.

Adieu l'exotique poésie de la turquerie, sacrifiée sur l'autel d'une trivialité ringarde. Patrice Caurier et Moshe Leiser situent certes l'action à Alger, mais aujourd'hui, devant un immeuble hérissé de paraboles, puis dans le salon miteux de Mustafa, où trône une photo de Zinédine Zidane. Le bey est devenu un petit mafieux, régnant sur une bande de racailles en survêt' qui font du trafic d'écrans plats. On découvrira plus tard qu'il ne retient pas en otages des esclaves italiens, mais... les footballeurs de la Squadra azzurra.

Tadeo porte un slip à l'effigie de Superman, Lindoro des dreadlocks (évidemment il fume un joint), Isabella balance sa petite culotte à la figure de Mustafa qui s'enivre de ses effluves, etc., etc. Si les gags se succèdent à un rythme épousant celui de la musique et de l'intrigue, le moins que l'on puisse dire, c'est que le trait n'est pas d'une excessive finesse. Bien sûr, on n'échappe pas à la référence au cinéma italien des années 1960, tarte à la crème du théâtre rossinien contemporain : et revoilà Anita Ekberg dans sa fontaine. Rien de neuf sous le soleil, donc.

 

Didon et Enée Purcell

Complément naturel de l’Orchestre et, comme celui-ci, composante artistique à part entière de l’Opéra de Rouen Normandie, le Chœur accentus / Opéra de Rouen Normandie est un ensemble de chanteurs professionnels non permanents sollicités en fonction des besoins des productions. Placé sous l’autorité artistique d’accentus, ensemble dirigé par Laurence Equilbey, il affiche une géométrie très variable épousant l’effectif des ouvrages présentés à l’Opéra de Rouen Normandie. Chaque spectacle est l’occasion d’une rencontre avec un chef de chœur choisi en fonction de l’esthétique de l’ouvrage proposé. Le Chœur se produit notamment sur la scène du Théâtre des Arts de Rouen à l’occasion de la plupart des productions lyriques de cette structure, mais également en tournée en région et au-delà, suivant les activités de la saison. Sa vocation, sa formation et son ambition le conduisent aussi à proposer sa collaboration aux opéras, troupes ou festivals dépourvus de moyens choraux et souhaitant faire appel à un ensemble expérimenté.

 

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