Asphalte
En périphérie d'une grande ville, plusieurs habitants d'un même immeuble affrontent les difficultés de la vie. Lorsque l'ascenseur tombe en panne, certains d'entre eux se croisent dans la cage d'escalier. Timidement, ils font connaissance. Charly, un adolescent esseulé, découvre que Jeanne, sa voisine, est en fait une actrice oubliée des années 80. Madame Hamida, dont le fils est en prison, accueille chez elle un Américain tombé du ciel. Quant au vieux Sternkowitz, il tombe sous le charme de sa voisine infirmière. Charly se met en tête de devenir l'agent de Jeanne et de relancer sa carrière. Interloquée par tant d'assurance, elle se laisse faire... A part ce titre de road-movie, inadéquat, tout séduit dans cette comédie loufoque (issue de nouvelles de l’auteur), vivante et tendre. La solitude est le point de départ de tous les personnages, chacune des trois histoires évoquant la naissance d’un lien. Un astronaute américain (Michael Pitt) atterrit par hasard sur le toit d’un immeuble, aussitôt contraint par la Nasa de s’y cacher pendant deux jours chez une habitante, délicieuse vieille dame d’origine maghrébine (Tassadit Mandi). Une ancienne comédienne des années 1980 (Isabelle Huppert) débarque avec ses cartons de VHS et sa tristesse, et fait la connaissance de son voisin de palier (Jules Benchetrit), adolescent livré à lui-même. Une infirmière de nuit se fait draguer par un prétendu photographe en fauteuil roulant, à coups de fausses œuvres, bricolées à la va-vite pour qu’elle s’intéresse à lui — Gustave Kervern et Valeria Bruni Tedeschi, burlesques, pathétiques, stylisés comme dans une bande dessinée… Pour une fois, la cité n’est pas synonyme de violence et de haine dans le cinéma français. La gamme des rapports humains va du voisinage anonyme à la compassion, fût-elle névrotique. Au-delà du réalisme, que le film refuse, une vérité bienfaisante émane de ce portrait de groupe en déséquilibre.
En partie inspiré de son autobiographie, Chroniques de l'asphalte, le film de Samuel Benchetrit compose une très jolie comédie, à la fois étrange et poétique. "J'avais envie de raconter la banlieue différemment à travers des personnages qu'on n'a pas l'habitude de voir quand on aborde ce sujet", explique-t-il. Articulé autour de trois duos, le récit, au ton laconique, cultive le décalage entre un contexte réaliste et des situations absurdes. Comme cette scène savoureuse dans laquelle l'astronaute (américain) tente de dépasser la barrière de la langue pour révéler à Mme Hamida, retraitée algérienne incarnée par la splendide Tassadit Mandi, la suite de son feuilleton préféré, Amour, gloire et beauté. Dans ce film délicat, tous les comédiens sont impeccables, avec une mention particulière pour le débutant Jules Benchetrit, fils du cinéaste écrivain et de la comédienne Marie Trintignant, excellent en ado sauvage et solitaire.