Le livre des débuts et des origines : Erri de Luca, Le plus et le moins
Le Plus et le moins est le livre des débuts et des origines : la naissance du désir d’écrire, la découverte de la puissance de l’imaginaire comme de l’injustice qui l’accompagne, dans le texte d’ouverture, la fable du pantalon long ; le premier baiser ; des renaissances aussi, quand le rapport aux parents se transforme, devient un choix et non plus une simple filiation, quand le prénom hérité devient un prénom d’écriture.
C’est tout l’univers d’Erri de Luca que le lecteur retrouve dans ce livre : l’alpinisme, « sévère formule de la vérité », les langues, l’engagement citoyen (« faire de l’écriture un corps de délit qui dérange leur discipline »), l’attention aux choses vues et entendues, les histoires entendues rassemblées pour être transmises. C’est aussi l’Italie dans ses contrastes, sa cuisine, sa géographie, ses îles, Naples. C’est l’histoire, de la seconde guerre mondiale à aujourd’hui, en passant par les « jours d’impatience » — 68, centre de rayonnement du livre avec Naples — et les années de plomb qu’Erri de Luca préfère appeler années de cuivre, « le meilleur conducteur de cette énergie électrique de transformation ».
C’est la lecture, le deuil, être absent à soi pour être présent au monde et aux autres, Bob Dylan, les bistrots, tout ce qui compose ce que Bohumil Hrabal a appelé Une trop bruyante solitude : « Tel est l’état de mon crâne, pris d’assaut par des essaims d’histoires qui créent une ruche dans mon vide. J’ai appris ainsi que pour être écrire il faut être libre, expulsé, comme un logement où arrivent les histoires, par caravanes tziganes en quête de l’espace de personne ».Christine Marcandier Giacritik