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« Lumière d’été, puis vient la nuit », dans les fjords de l’ouest

Après « Ásta », ce roman plus ancien du maître du roman islandais Jón Kalman Stefánsson qui a mis du temps à être traduit en français est une attachante chronique de la vie de villageois.

Enchevêtrer l’humour et une beauté déchirante est l’un des talents de Jón Kalman Stefánsson. Lumière d’été, puis vient la nuit, paru en 2005, est une merveille dont on ne comprend guère pourquoi elle a mis tant de temps à nous parvenir en français, dans la belle traduction d’Éric Boury.

« Il y avait jadis tant d’innocence dans le monde, qu’ici, au village, il suffisait d’employer un policier à temps partiel, le chemin qui menait au Ciel était sans doute plus court et celui descendant vers l’enfer d’autant plus long », estime son narrateur, mystérieux et omniscient, qui conte la vie des habitants de ce petit village peu singulier. Aucun paysage ni édifice digne d’intérêt, mais une absence notable : pas d’église ni de cimetière. En ces lieux, on explique volontiers la proportion élevée d’octogénaires et l’existence de quelques joyeux centenaires par la distance qui les sépare du cimetière à laquelle personne n’entend remédier.

C’est tout un petit univers, entre froids mordants de l’hiver et souci de se tenir chaud, qui surgit avec quelques-unes des figures de villageois. Le roman s’ouvre sur l’étonnante métamorphose du directeur de l’Atelier du tricot, une des grandes institutions dans ce monde d’éleveurs de moutons. Trentenaire déterminé et efficace, mari et père comblé, installé dans la plus grande maison du village qu’il traverse au volant de sa Range Rover, il se met à rêver en une langue qu’il ne connaît pas – du latin, lui explique le vieux médecin. Parti l’apprendre à Reykjavik en une formation accélérée en deux mois, le directeur en revient la tête dans les étoiles, prêt à tout sacrifier pour leur étude.

Chez Jón Kalman Stefánsson, les êtres se transforment en une nuit, une rencontre ou au fil des années, accomplissant leur révolution intérieure, spectaculaire ou modeste. Comme le malingre Jónas, si renfermé sur lui-même qu’il en éteignait les autres enfants, adulte taiseux à qui personne ne demandait rien, jusqu’au jour où chargé de peindre un mur à la Laiterie il le couvre d’une soixantaine d’oiseaux des tourbières. « Leurs contours sont certes un peu malhabiles, mais ils semblent tellement vivants que lorsque règne un absolu silence, on entend leurs battements d’ailes à l’intérieur du mur. »Corinne Renou-Nativel La Croix

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