Le prix Renaudot à Marie-Hélène Lafon, pour « Histoire du fils ». La Croix
L’écrivaine Marie-Hélène Lafon a remporté lundi 30 novembre le prix Renaudot pour son livre « Histoire du fils », paru aux éditions Buchet/Chastel. Dans ce roman, son onzième, l’auteure raconte la destinée et la descendance d’un enfant né de père inconnu, explorant ainsi un labyrinthe familial vertigineux.
- Antoine Perraud,
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Les chapitres s’emboîtent comme les générations, à Chanterelle, bourg des confins du Cantal et du Puy-de-Dôme, ainsi qu’à Aurillac, Figeac, Paris et autres points de fuite, entre 1908 et 2008, suivant un ordre non pas chronologique mais romanesque, qui joue au chat et à la souris avec le temps, les affects, le destin.
Issu des montagnes « du pays d’en-haut », pensionnaire au lycée de la préfecture, Paul séduit l’infirmière de l’établissement. Avant d’abandonner cette femme qui ne lui permet pas de gravir les échelons du grand monde, à Paris, où l’adolescent est devenu un avocat lancé. Ce que Paul ignore – ou fit mine de n’avoir point vu –, c’est que cette maîtresse congédiée était enceinte. L’enfant né sans père, élevé par la sœur de sa mère dans le Lot, apprendra sur le tard cette origine obscure et violente, qu’il tient à distance sa vie entière, mais qui taraudera sa postérité.
Un roman aux allures d’échographie du passé
Immobile à grands pas, Histoire du fils tient à la fois de l’enquête aux énigmes gigognes et d’une forme d’archéologie domestique, avec ces parties anciennes des maisons où règnent les femmes. Ce sont les personnages féminins qui offrent tous les degrés de la puissance et de la finesse, tandis que les hommes, pour la plupart, s’avèrent salauds ou falots. Mais la grande question, en suspens, aura été l’impossibilité d’être père de la part de Paul. Cet avocat plaidait toutes les causes mais se désintéressait des siens, « toujours trop plein de lui-même ». Et sans doute submergé par un deuil de l’enfance qu’escorte à jamais une peur irraisonnée de la catastrophe à venir, qui le coupe de ses émotions.
Dans une atmosphère fleurant parfois Goupi Mains rouges, le film de Jacques Becker (1943) d’après le roman de Pierre Véry, Histoire du fils obéit à une géographie mystérieuse et obsessionnelle, qui oscille entre les gouffres et les sommets « dans le froid bleu et mordant du pays haut ». Un vieux mot parfois surgit de la langue d’oc, comme « gourgue », qui désigne un trou d’eau. Un autre terme, « extrace », pointant l’origine sociale, s’avère un clin d’œil à Pierre Michon, qui l’emploie dans Vies minuscules (Gallimard, 1984). Marie-Hélène Lafon fait référence à ce maître livre à propos d’une femme « qui avait toujours eu la passion des noms propres et des choses infimes tapies dans les menus recoins des pays oubliés ».