Hosanna.Jacques Chessex
Tout commence doucement. En habitué des enterrements. Il y a un calme dans les mots. Et tout de suite cette attention au paysage alentour qui apaise permet l’échappée par la grande porte encore ouverte. Car l’étau des obsessions va se mettre bien vite à crisser et le bal infernal des thèmes chessexiens entamera sa transe. Avec humour, l’écrivain-narrateur se demande d’abord pourquoi il est encore là.
Serait-il meilleur que ses amis, partis avant lui? Serait-il jugé «digne d’accéder à l’âge supérieur des hommes vieux»? S’ensuit la comparaison que l’écrivain ne peut s’empêcher de faire entre le voisin mort et lui. A entendre le pasteur louer cette vie dévouée au travail et à l’engagement dans le bien, le narrateur se rapetisse sur son banc. «Vide et béance», résume-t-il par-devers lui son existence propre. Le voisin a fondé des fromageries, le voisin a construit sa maison de ses propres mains. Le narrateur sombre. Ses pensées s’emballent. Il se voit tomber à la sortie du temple, tomber devant tous sans que personne ne le remarque. Il retrouvera son calme, bercé par les cantiques, entouré par sa communauté (aimée et honnie tout à la fois). Pour peu de temps. Jacques Chessex reprend ici la technique du dialogue intérieur avec une voix surgie dont ne sait quel Jugement, dernier ou pas. Comme dans L’Interrogatoire (2011), cette voix est au mieux peu empathique, au pire inquisitrice. Elle a en tous les cas peu de patience pour les secousses et les spasmes de l’écrivain, de plus en plus happé par les traumas du passé. Un fantôme, appelé le Visage, va s’inviter ainsi dans la cérémonie. Le romancier excelle à croiser les récits et les temporalités. De la cérémonie, on s’échappe vers le passé d’enseignant de l’écrivain, on découvre petit à petit qui est ce Visage aux yeux sombres, comment le drame s’est noué et comment il déclenche encore, jusqu’au banc de la petite église, une intense culpabilité chez le narrateur. On découvre aussi les échanges que l’écrivain a eus avec son voisin, avec la Suisse centrale, terre d’origine du mort. Surgit aussi le fou des tombes qui peut être violent.