La couronne verte. Laura Kasischke
Amies depuis leurs années de crèche dans une petite ville de l'Illinois, Anne et Michelle prennent leurs premières vacances sans papa (qui, de toute façon, n'a jamais été là) et sans maman (qui, de toute façon, ne se fait jamais complètement oublier), destination Cancún.
Elles arrivent « la tête pleine de projets vagues » qu'un inconnu mal intentionné, à la nuque rouge comme du cuir, ne tarde pas à préciser : randonner jusqu'à des ruines dédiées au dieu Quetzalcóatl, quitte à y être offertes en sacrifice. Voilà le sort des enfants obstinées, que Laura Kasischke décrit avec un sadisme dépouillé, dans une succession de courts tableaux sortis des cerveaux affolés des deux adolescentes. La romancière s'intéresse à la transgression, nécessaire à toute émancipation, mais susceptible de mal tourner. Grandir, c'est choisir, sans se recroqueviller dans le confort. Anne et Michelle en font l'expérience, relatée avec une froideur poétique troublante. Un précédent roman de Laura Kasischke, La Vie devant ses yeux, évoquait le film Elephant, de Gus Van Sant. Ce n'est pas tant le suspense qui tient en haleine dans les livres de cette romancière du Michigan. C'est la rêverie aveuglante qui précède toujours le drame, ce moment de flottement où la clairvoyance se débat pour se faire entendre. La Couronne verte consacre son art du doute. Même perpétré, le mal y garde toujours le masque du bien. Le 01/11/2008 - Mise à jour le 18/09/2013 à 16h58 Marine Landrot - Telerama n° 3068