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La lucarne:L'histoire du livre

La Lucarne est un roman foisonnant, à travers l'immersion dans la vie des différentes familles d'un immeuble lisboète. Dans un pays encore sous le coup de la dictature et victime d'une situation économique peu florissante, les problèmes financiers sont le lot de tous les habitants de l'immeuble, quel que soit leur activité ou leur statut. Chacun fait face aux difficultés quotidiennes à sa manière. C'est un immeuble où se côtoient un ouvrier, un artisan, un représentant de commerce et des employées, sans oublier une femme entretenue qui alimente les ragots entre les étages. En d'autres termes, il y a une forte dimension sociale. C'est peut-être de là que sont venues les réticences de l'éditeur. Qu'importe. Le romancier déploie les vies des habitants de l'immeuble progressivement : au fil de l'intrigue, des liens, ténus ou forts, se nouent entre les différents étages, entre les différents habitants. Au milieu des petits et grands drames des vies ordinaires, on trouve un alter ego de l'auteur en la personne d'Abel, un jeune homme qui loue une chambre à un cordonnier philosophe et sa femme. Comme son personnage, l'auteur observe, se permet quelquefois de juger, comme quand l'ironie transparaît : « Il n'avait pas beaucoup d'idées, mais celles qu'il avait étaient définitives ». Il se contente de constater les tiraillements de ces femmes et de ces hommes qui traversent tous une crise personnelle. Par exemple, Emilio aimerait bien quitter sa femme avec qui il ne s'entend plus depuis longtemps. Pourtant, il n'en fait rien : son sentiment de responsabilité et de culpabilité vis-à-vis de son fils va croissant avec ce désir de partir. À la qualité psychologique du livre, il faut ajouter sa dimension poétique, qui se traduit par une grande finesse d'expression. Saramago ne se laisse jamais aller à trop en dire. Ce qui n'équivaut par pour autant à une quelconque sècheresse. « Le paysage ne changeait jamais, mais elle ne le trouvait monotone que les jours d'été obstinément bleus et lumineux où tout est évident et définitif. Un matin de brouillard comme celui-ci, un brouillard léger qui n'obstruait pas totalement la vue, recouvrait la ville d'imprécision et de rêve. Isaura savourait tout cela. » Cette finesse permet aussi la transition d'un personnage à un autre, d'une intrigue à une autre avec une aisance remarquable, sans aucun effet de confusion. Au final, un tableau d'une grande force littéraire de personnages ordinaires, tour à tour médiocres, mesquins et extraordinaires.

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