Le figaro: A la table…
Aucun livre ne ressemble à ceux qu'écrit Sylvie Germain depuis trente ans et cette originalité merveilleuse culmine dans son nouveau roman. Il faut ouvrir tous les capteurs - tendresse, sensibilité, conscience - comme un végétal à la lumière, pour recevoir les sensations, les histoires et sa puissance contestataire. Une truie allaite sous un bombardement : il n'en restera qu'une bouillie. Une femme s'extirpe des décombres, cherche son nourrisson disparu, allaite un porcelet. Ainsi s'ouvre ce roman de la dualité humain-animal. Faire avec ce qui est sans questionner, n'avoir pas le sens du temps mais celui de l'instant, vivre, continuer, croître, dans l'attrait et la terreur du monde. Voilà l'animalité vivante. Sylvie Germain mène l'extraordinaire tentative de l'écrire. Elle dit un bonheur du monde sans les hommes. Elle rend précise et concrète la prédation qu'ils exercent. Quand le roman s'achève, l'actualité récente réécrite nous stupéfie et nous bouleverse. Mais il ne faut pas avoir peur de ce roman. Sylvie Germain, qui dit ses quatre vérités au monde d'aujourd'hui, nous donne envie de douceur et d'harmonie. Elle réunit. C'est magnifique.