Christophe Ono-dit-Biot remporte le Prix Récamier 2017 pour "Croire au merveilleux"
Qu'il s'agisse de fiction ou de secrets intimes, le véritable écrivain nous convie d'abord dans un monde personnel : un monde saisissant dès les premières pages de Croire au merveilleux, où Christophe Ono-dit-Biot affirme son art de peintre de la vie et des sentiments. Il mêle des registres qui, sans la plume du romancier, paraîtraient antagonistes : la vie d'une famille moderne et les légendes primitives, la douleur de la mort et l'enchantement du merveilleux - le tout finement tissé sur fond de couleurs et de parfums méditerranéen. Il est vrai que le narrateur, comme l'auteur, est né sur ce rivage normand où l'on ressent l'attirance du soleil méridional, surtout quand un professeur de grec s'est chargé dès l'enfance de vous initier à la mythologie.
Tout commence pourtant, dans le malheur, par la disparition de Paz, la compagne de César, le héros, et la mère de son fils. Cet amour brisé nous vaut des pages émouvantes sur la détresse d'un homme encore jeune. Les souvenirs ramènent César à cette côte amalfitaine où il a connu l'amour et où il songe à se donner la mort… Apparaît alors une mystérieuse voisine grecque, prénommée Nana, fort intéressée par sa bibliothèque de littérature antique. Cette jeune femme réveille peu à peu son goût de la vie, mais demeure insaisissable et ajoute au cheminement de César une dimension féerique qui se dévoile jusqu'à l'ultime chapitre, encore baigné d'eau et de soleil. Tout au long du récit, la finesse psychologique s'articule avec la contemplation de la beauté. L'auteur nous fait partager son amour des lieux, des grottes, des falaises, des objets d'art. Ce qui ne l'empêche pas d'observer son époque avec un sourire plein de réserves. Précocement veuf, il dit « nous, les vieux », et observe le désir insouciant des plus jeunes, telle cette baigneuse qui se fait tatouer des phrases « à la lisière d'un string », ou cette autre qui « tient des propos responsables sur le bilan carbone d'une fleur importée de l'Equateur ».
La malice de l'écrivain, mêlée à la mélancolie du héros, ajoute à la saveur si particulière de ce roman.Marianne Benoît Duteurtre