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Djam

 

Avec ses films tournés vers l’ailleurs, le réalisateur d’Exils (2004) a donné vie à un cinéma exalté, plein d’émotions, parfois un peu folklorique. Le trait s’épure avec Djam, road-movie aussi simple que son titre — prénom d’une jeune Grecque qui sourit à la vie, et parfois fait la grimace. Elle est un peu folle, Djam. Elle chante et danse ; elle se braque, toujours trop intense. Elle ressemble au passionné Gatlif, qui ne la quitte pas des yeux. Cette union entre le cinéaste et son héroïne prend tout son sens dans le monde divisé que l’on découvre.

Voyageant de l’île de Lesbos à Istanbul, Djam croise des vies brisées par la crise et met ses pas dans ceux des migrants, dont le passage est évoqué par des images frappantes. Sur le rivage, des bateaux fracassés. Sur une île, une montagne de gilets de sauvetage… Le cinéaste fait résonner la tragédie avec intensité et pudeur. Et cherche à redéployer l’horizon dans le regard d’une fille qui traverse les frontières et va de l’avant en jouant du rébétiko, musique grecque qui trouve son origine dans d’autres migrations. Porté par le personnage de Djam, le film l’est aussi par son interprète, Daphné Patakia. Elle parle grec, français, anglais, s’imposant comme allégorie de notre présent mondialisé et figure d’espoir. Telle la Liberté guidant le peuple, qui montrait ses seins sur le fameux tableau de Delacroix, Djam est figure de proue avec tout son corps. Elle le montre, en joue, en rit. Elle est la jeunesse, le tumulte. Et aussi le courage. A elle seule, un retentissant hymne à la vie.