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Beginners

 

Dans la grande maison qui surplombe Los Angelès, Oliver fait le vide. Son père , Hal, vient de mourir. Il faut trier, jeter, l’heure est aux souvenirs… Ils ne sont pas forcément tristes. Car Hal a, ses dernières années, mené joyeuse vie. En hédoniste. En homme libre, enfin : à 75 ans, trois mois après la mort de sa femme, il a annoncé à Oliver « I’m gay ». Et décidé de vivre son homosexualité sans contraintes. Pour Oliver, illustrateur toujours célibataire malgré de multiples expériences décevantes, ce fut un choc. Mais aussi, finalement, comme une délivrance… 

Découvrant ce père avec lequel il n’avait guère de contact il développe une connivence nouvelle et libératoire, hélas trop vite interrompue par le cancer qui, très vite, condamne à terme le vieil homme. Sans pour autant l’assombrir : longtemps dans le déni de ce mal que l’on parvient d’abord à soigner, Hal décide de profiter de sa nouvelle vie jusqu’à son dernier souffle. Il mourra… heureux, entouré de tous ses nouveaux amis, accompagné jusqu’au bout par son fils, et par le jeune homme qui partage désormais sa vie. Laissant Olivier dévasté. Mais, peut-être, enfin prêt à commencer, à son tour, une nouvelle vie : désormais, il aura moins peur d’aimer…

Lui-même graphiste, comme Oliver, auteur de nombreux clips et documentaires, le réalisateur de ce très joli film, Mike Mills, ne cache pas avoir fait, ici, oeuvre autobiographique. L’histoire de Hal, ici directeur de musée, mari fidèle depuis 1955, c’est celle de son propre père. Qui, tout ce temps, a tu ses désirs et joué le jeu d’une « normalité » pour lui étouffante, mais qu’il eut été, à l’époque, inimaginable de ne pas respecter. Quarante-cinq ans de contraintes, dont Oliver, peu à peu, comprend a postériori les conséquences. Sur sa mère, décoratrice, fantasque et possessive, et… sur lui-même, qui trouvait ses parents différents de ceux de ses amis et, sans doute rendu méfiant par un climat qu’il ne savait pas analyser, n’était jamais, depuis ses premiers flirts, parvenu à garder durablement ses petites amies. 

Dès lors le film, qui joue astucieusement avec les flash-back, évoquant via quelques images d’archives l’écoulement du temps, déroule deux existences, ou, plutôt, brosse les portraits, si différents et si proches, des deux hommes : : Hal, le vieil homme bien décidé à jouir enfin de la vie comme il l’aime, et Oliver, handicapé sentimental rongé par le deuil qui, finalement, saura, peut-être, ouvrir grand ses bras et son cœur à la femme ( française, youpi !) de sa vie, rencontrée dans un bal masqué où elle avait perdu sa voix…

Ne croyez pas, en lisant ce bref résumé, que « The Beginners » soit un film triste. Le réalisateur a su la raconter avec le recul d’un humour plaisamment distancié, illustrant parfois son propos de dessins, et laissant souvent la parole (via des sous-titres) à un vrai sage aux commentaires irrésistibles : Cosmo, l’incontournable terrier Jack Russel qui, naguère inséparable de Hal, accompagne ensuite Oliver dont il devine – et commente avec beaucoup de finesse - tous les états d’âme.

Il a, aussi, réuni un trio d’interprètes enthousiasmants : Hal, c’est, d’une constante élégante, d’une dignité souriante qui force l’empathie tout en interdisant le pathos, Christopher Plummer, magnifique. Oliver, le fils trop longtemps confit dans son deuil, c’est Ewan Mc Gregor , le héros du dernier Polanski, « The Ghost writer ». Et, last but not least, Anna, la comédienne parisienne débarquée à Los Angelès avec, elle aussi, son lot de problèmes familiaux mais qui va sans doute savoir, enfin, le délivrer de ses blocages, c’est notre délicieuse Melanie Laurent. Un trio gagnant pour un film qui pourrait bien être s’avère la bonne surprise de cette fin de printemps.