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Meme en terre Magazine Littéraire

Un homme sans nom, sans âge, dans une ville sans nom, se penche sur des tombes d’enfants morts. Jardinier affecté à l’entretien du cimetière municipal, à l’allée E comme « enfant », il parle aux cadavres, ses « petits », fauchés par une voiture, victimes d’une chute, d’une noyade ou d’un moment d’inadvertance. L’arrivée de chacun d’eux « précipite son isolement ». Il les rebaptise : Jacinthe, Primevère, Forsythia. Des noms de fleurs pour « contrer l’obscurité », comme si le prochain printemps allait illuminer les corps dans la terre qu’il nourrit. Le gardien se désole du désintérêt croissant des familles pour leurs défunts, déplore « cette lâcheté qui se fait passer pour de l’oubli ». Autour des stèles, il sème des dahlias, des glaïeuls, des coloquintes, et arrose les abords des sépultures de ses protégés avec un soin jaloux. L’extravagante éclosion florale transforme bientôt le cimetière en une oasis, un archipel riant. Il écoute les pleurs des enfants, leur offre des Dinky Toys et des biscuits, leur murmure des comptines. Puis il en déterre quelques-uns et, passant d’une folie douce à une plus inquiétante dérive de l’esprit, les emmène dans une maisonnette qu’il a achetée avec ses économies, tertre de ses rêves où fonder la famille que lui-même, recueilli par un grand-père qui l’a élevé à coups de fourche, n’a jamais eue. En franchissant le pas, il soulage ses propres souffrances d’orphelin brutalisé qui piquètent le récit comme des tuteurs d’ipomées ou de rosiers pleureurs. Et à propos de pleurs, pas le moindre lamento, le moindre pathos, n’encombre un style impeccable de tenue et de douleur contenue. Grasset prend le relais des éditions D’autre part pour offrir une plus large diffusion à Même en terre, quatrième roman de Thomas Sandoz qui a reçu l’année dernière le prestigieux prix Schiller. Publication opportune : ce récit est un joyau qui fait scintiller les galeries obscures de nos nécropoles modernes. Rien de moins macabre que ce luxuriant Kindertotenlieder, cette oraison au « pays des hommes couchés ». Qui est-il, ce poète qui fait se retourner les morts dans leur tombe au lieu de cracher dessus, avec cette certitude que la décomposition des corps est une promesse saisonnière de renaissance ? Né en 1967 près de Neuchâtel, romancier La Fanée, épistémologue, essayiste, Thomas Sandoz déborde des frontières de la Suisse romande pour accéder à une manière d’universalité avec cette complainte dédiée aux petits défunts, poussières qu’il pétrit comme de l’humus dans la grande valse des saisons. Ce pourrait être un chant désolé, ou un plaidoyer pseudo-religieux en faveur de la réincarnation : c’est une levée de lauriers-roses. Sandoz sourit aux chrysanthèmes comme Rimbaud aux edelweiss et au wasserfall, avec leur féerique résonance rhénane. « Même en terre, ne jamais abandonner un enfant ». « Et cultiver la lumière », ajoute-t-il à la main dans une dédicace. Tout est dit.

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